07.01.2010

amoureuse de l'amour porté

Il était en tournée en province, il a fait un détour par son rayon, elle l'a reconnu, mais elle n'en a rien laissé paraitre, elle a répondu à sa question comme à n'importe quel quidam, il est revenu avec une autre question, pour ne pas en rester là, il pouvait déjà plus ne rester là, ce regard échangé au-dessus des rayons ne suffisait pas, ne lui suffisait plus, il s'était fait cueillir par l'angelot farceur, une flèche décochée, touché, en plein coeur. Elle a répondu à la question, et comme il attendait encore un peu, elle s'est demandé s'il n'était pas vexé qu'elle ne l'ait pas reconnu, lui, la célébrité, alors, elle lui a demandé quand est-ce qu'il jouait dans la ville, il a souri, et a répondu aussitôt "demain ! ça vous dirait que je vous invite ?" bien sûr, mais elle ne voulait pas faire la groupie non plus. Elle était contente, mais consciente que cela sentait le plan bien rodé. Lui, n'avait jamais osé, jamais il n'avait abusé de se notoriété, et encore là, il se sentait frêle, nu et désarmé, comment on fait quand on est pantelant devant un regard échangé ? Elle avait dit oui, il a insisté "vous viendrez, vraiment ?", elle a souri en le rassurant "oui, je vous le promets, je viendrai, à moins de me faire renverser par une voiture, je viendrai, c'est promis".

Le lendemain, il est passé dans le rayon, pour voir si aucune voiture ne l'avait renversée sur le trajet. Elle était là, à son poste. Il a attendu jusqu'à ce qu'elle quitte son poste, une demi-heure avant le début du spectacle, une demi-heure avant son entrée en scène, l'équipe s'interrogeait, jamais il ne s'était absenté comme ça, le trac les prenait, lui, le trac, ce n'était pas celui de monter sur scène, non, c'était qu'elle ne soit pas dans le public ce soir-là.

Il lui avait demandé de le rejoindre après la représentation dans sa loge, elle avait décliné, il avait dit qu'il l'attendrait, elle avait de nouveau refusé en souriant et en baissant les yeux, non, non, elle n'irait pas, alors, il était venu la chercher, pour l'emmener, avec l'ensemble de l'équipe, pour boire le verre pendant que le démontage commençait. Avait-elle faim ? oui, mais non, et puis, elle ne se sentait pas à sa place, là, avec tous les autres de l'équipe, là, non, non, il s'était mal fait comprendre, eux, il les voyait tous les jours, alors les dîners d'équipe, après les journées, les petits-déjeuners, les déjeuners, les pots, les apéros, les répétitions et les trajets... non, acceptait-elle de dîner avec lui ?

voilà. ça a commencé comme ça.

ça s'est fini. aussi. autrement.

 

et maintenant, bilan, elle se rend compte qu'au-delà du coup de foudre, au-delà de l'état amoureux, au-delà de tout ce qu'elle aime et a aimé de cet homme, le plus précieux, le plus fort, c'est qu'elle a aimé l'amour qu'il lui a décerné, comme la plus belle fleur qu'un homme ait jamais tendue à une femme.

gagner ou perdre

on ne sait jamais ce qu'on gagne, mais toujours ce qu'on perd.

je sais ce que j'ai perdu, et quand je vois ce que j'ai gagné, je n'ai aucun regret.

06.01.2010

au menu, de la courge

de la courge, un potiron, oui, mais non, un butternut, un gros, un énorme, pour le déjeuner, on sera beaucoup, alors, on y va, le plus gros de tous, plus de 4 kg.

j'entaille, je coupe des rondelles, grosses les rondelles, de grandes tranches que j'épluche sur la tranche, c'est rond, ça tourne, ça roule, ça m'échappe, 'tention !!, aïe, je me suis plantée la pointe du couteau sous l'index gauche. je devrais faire gaffe à ce signal, je poursuis ma tache, avec mon couteau d'office, je coupe, des rondelles dans ce cylindre orange et plein.

le grand arrive en courant et en prévenant "maman, maman, luciole pleure", la courge roule et tente le salto arrière, la lame virevolte et choisit la figure de l'ange, atterrissage dans l'avant-gauche, c'est si tendre, là, la peau, la chair qui s'ouvre, se fend si facilement, le sang, garder son sang froid, dire au grand que je me suis blessée, passer outre les pleurs du fond, appeler l'homme et garder une voix tranquille pour annoncer "je me suis entaillé le bras, si tu pouvais venir, ce serait sympa", voir Petit-Lion revenir en courant, l'air victorieux, brandissant une boite de pansements, et sourire.

 

04.01.2010

lactarium

je m'ennuyais un peu, alors, j'ai appelé, les trucs à faire qui sont faits ne sont plus à faire, je m'y prenais un peu à l'avance, un mois trop tôt dans  mon timing, mais bon... alors j'ai eu une dame au téléphone, les questions, toussa, toussa, et elle termine en disant, Bruno peut passer mardi vous déposer le matériel. "Euh, c'est que je ne suis pas si pressée que ça, je peux commencer plus tard...?"elle n'insiste pas, c'est comme vous voulez madame, alors j'ai dit oui,

et puis ce matin, il appelle, pas bruno, son collègue, bernard, qui propose de passer aujourd'hui, parce que demain bruno est débordé, je suis pas pressée, pressée, vous voyez, je peux attendre une semaine, je ne veux pas vous déranger non plus, moi, ça ne presse pas, et le bernard qui répond "oui, mais nous, une semaine, c'est énorme en ce moment, on est en pénurie, donc, si je peux passer aujourd'hui, ce serait mieux."

Et voilà, j'ai ma trayeuse, mes flacons, mes étiquettes, mon ordonnance pour une prise de sang, et toute ma bonne volonté pour donner mon lait pour les ch'tit nenfants qu'en ont besoin...

31.12.2009

étrange fin de neuf

la journée s'est étirée, toute en longueur, toute en langueur. de petits riens en petits riens, le temps s'est occupé, mine de rien, il est passé.

les rues sont désertes, cette impression d'absence imprègne l'atmosphère. Je ressens vide et éloignement. Je sens les préparatifs ailleurs, les canapés et les courses à la flûte à bulles cassée, les petites billes façon caviar et les foies gras découpés à la hâte, les courses dans les couloirs du métro et les énervements dans les embouteillages, je suis persuadée que tout ça existe, les before à la bière et aux chips avant la sortie dans ce lieu encore inconnu, le mascara en retouche et la pochette à strass, le bas qui file, tant pis, ce sera collants, et une gorgée de téquila pour ne pas y penser. Je ne sais pas s'il y a d'autres esprits qui pensent à l'agitation dehors, de l'autre côté des murs, d'autres qui écoutent un disque en pianotant tristement sur un clavier devant leur écran.

étrange cette semaine, étrange ce silence interrompu par les claquements des talons de la voisine du dessus, étrange ce temps entre parenthèses, une semaine différente, sans frénésie, sans poursuite, sans vitesse, sans énervement, sans retard, tout en décalage. une période de suspension, peut-être la fin de ce moment magique de fusion avec cet enfant, peut-être déjà la fin... et le début de la suite des aventures.

un texto dans l'après-midi, depuis là-bas, où il est déjà 2010, amusant. je repense à ce type entré dans le café avec son mouflet, et qui souhaite la bonne année, deux jours avant, je relève la tête de mon café, le patron le reprend, il est superstitieux, ça ne se souhaite pas avant, il faut attendre, encore quatre jours, et j'aurais ma carte de voeux à moi, que j'ai faite avec l'aide d'une amie, encore du orange, décidément, cela continue, je sens le fil conducteur, j'ai découvert l'origine de ma préférence pour cette couleur, enfin, je crois, c'est peut-être une coîncidence, je voulais du fluo cette année, trop cher, trop long, j'ai renoncé, ce sera orange néanmoins, j'aurais pu opter pour du rose, ça aurait été tellement convenu, tellement téléphoné, je n'y arrive pas, je réfléchis au faire-part, je cherche une idée de pliage, un truc qui m'amuse, il me manque l'étincelle, le petit til qui clique et qui me fait dire, c'est ça ! je me souviens de la maquette du premier, un tout petit timbre poste qui se dépliait, et je le présentais, argumentant en même temps, pour expliquer, convaincre, j'ai vu des photos de bébé, ma fille n'a pas le visage d'une enfnat de magazine ou de publicité, elle a les cils courts, pas comme moi m'a fait remarquer la dame qui s'en occupe, pas comme son frère, je n'avais pas remarqué que j'avais les cils longs, et elle si courts, maintenant, je le vois, j'avais vu ses grosses joues bien remplies, façon hamster, et son cul, que je trouve plat, et la drôle de forme de ses fesses, je me souviens de celles de son frère, et cette petite particularité si singulière, et elle, cette autre particularité, rien à voir, je procède par comparaison. Je l'admirais, ma princesse, jouant sous le portique avec les peluches suspendues, le lion qu'elle touchait et son agitation si amusante. Une semaine de temps pour nous deux, pour nous trois, une petite semaine pour se rappeler ce que c'est qu'être avec un bébé à plein temps, une semaine pour se reposer, pour savourer, pour apprécier.

dans trois heures, une nouvelle année.

30.12.2009

première fois

Elle aura deux mois dans une semaine, ou presque. Déjà.

J'appelle cette copine, elle me dit : maintenant si tu veux. Je suis prise au dépourvu, j'en ai le souffle coupé. J'hésite. Ma fille est dans les bras de cette femme qui est là pour s'occuper d'elle, je la lui laisse, peu, de plus en plus, mais peu, elle la berce, lui donne des petites claques rythmées sur la couche en chantonnant des la-la-la-la avec des sons à elle. Je calcule, j'anticipe, je prévois, j'évalue, dernière tétée, éloignement, prendre l'enfant avec moi, la laisser dans ces bras, j'hésite, je me lance, j'insiste bien sur l'appel par téléphone, je montre où je vais, ce n'est vraiment pas loin, on voit les fenêtres, c'est presqu'en face, je pars, mon carnet et mes croquis dans la main.

Une heure après, je sens les seins qui se tendent, qui pointent, j'en parle au-dessus du clavier, pendant que l'étoile devient orange, juste avant que le téléphone ne sonne. La nature ? La télépathie ? Le sens maternel ? L'horloge des corps ? L'accord mère-enfant ? Je fonce entre les gouttes d'eau et je viens offrir le lait à celle que j'ai laissée... une heure ! quel exploit.

 

dévotion

Le père n'est plus, il ne reste qu'elle, elle et ses deux filles. Ses deux seules filles et la Vierge Marie, le petit Jésus et le reste de la sainte Trinité. Elle, elle prie souvent, elle va à l'église tous les dimanches, et plus encore quand le sort le demande, elle a toujours été jésus-marie-bénis, elle a élevé ses filles dans cette atmosphère de crucifix et d'eau bénite, de foulards noirs et de soleil brûlant, de pierres fraîches à l'ombre de la nef et de recueil sur les tombes sombres. Elle, elle sait que dieu l'aidera, toujours, surtout dans l'au-delà. Il l'a aidée, toujours, quand il a fait si sec, quand la récolte a été mauvaise, quand la guerre a emmené son père et son frère, quand la lune s'est montré sous un jour blème, quand les chèvres ont tourné leur lait, quand le petit pablo est tombé de l'escabeau, toujours, toujours, il a été là, pour lui permettre de rester droite, digne et fière, pour lui permettre de continuer, toujours, toujours, toujours. Demain, ses filles viendront, pour la veillée, avant la mise en bière, demain, elles viendront, ses filles, celles qui ont renié leur terre, leur pays, leur religion.

La grande, avec ses enfants, les trois enfants aux yeux noirs, si perçants, si profonds, et le père, son époux, celui pour lequel elle s'est détournée de l'église, celui qu'elle a suivi à la mosquée, la grande et toute se famille viendront en premier, les matelas sont étendus sur le sol du grenier pour les enfants, le couple ira dans la chambre du milieu, la chambre aux rideaux verts. Elles ne discuteront pas des sujets qui fâchent, elles se sont toujours entendues pour ne pas parler de sujets douloureux, venimeux, haineux, elles savent faire front pour adoucir et calmer, en apparence, tromper le monde et assurer la tranquilité, la mère et la grande savent faire ça, être complices dans leurs oppositions, laisser le silence couvrir leur animosité, elles font front commun pour masquer leur affrontement.

La plus jeune viendra aussi, celle partie aussi, de sa terre, de son pays, pour un autre pays, celle qui ne voulait plus aller à l'église, du tout, du tout, la communion, et puis basta, elle a fait sa mauvaise tête, de toutes manières, elle a toujours fait autrement, différemment de sa mère, de sa soeur, elle, c'est celle qui se veut rebelle, là, où l'aînée semble suivre en douceur la mère, la cadette s'oppose en attitude et en verbe. Elle a quitté jeune la terre, elle est partie au loin, elle a suivi un jeune homme plein de promesses et de caresses, et puis, elle a poursuivi seule, son bonhomme de chemin, refusant de rentrer au pays, refusant de revenir dans les jupes de sa mère, décriant la religiosité et la pudibonderie maternelles, et le reste aussi, l'éducation, la mauvaise nourriture, l'inexistence des soins et des attentions, le manque d'amour, de la mère pour ses enfants, et le trop d'amour pour celui cloué sur la croix au-dessus du lit parental, elle a aussi le mot acerbe pour sa soeur, l'ombre de la mère, celle qui a toujours fait le dos rond, ou qui celle qui a versé dans l'adoration d'un autre dieu, ou le même, qui sait, bref, celle qui s'est convertie, celle qui fait tout tellement comme sa mère, celle qu'elle aime parce que c'est sa soeur, celle qu'elle déteste parce que c'est sa soeur, celle qui, selon elle, n'aurait pas du tomber dans une autre religion, celle qui aurait pu éviter ça, sa soeur, si seulement elle avait pu être un peu moins liée avec leur mère et un peu plus de son côté à elle, elle, la cadette, si complice de sa nièce, la fille de sa soeur, la seule, entre les deux garçons, cette princesse aux yeux noirs, si noirs, si profonds. La cadette sera là demain aussi, sa mère lui a réservé la chambre du bas, celle qui sert de petit bureau, celle au papier bleu et gris, celle qui donne sur les oliviers. La cadette, celle qui a tellement lutté contre l'intégrisme religieux imposé par la mère, celle qui décrie tant qu'elle peut l'imitation de la soeur sur le modèle maternel, la cadette, qui critique et crache sur toutes les bondieuseries et autres conneries du même acabit, cette cadette qui se revendique athée avec une ferveur du diable, celle-là même qui déteste les dieux qui prennent les mères et ravissent les soeurs. Celle-là, elle ne se rend pas compte, elle n'a pas la distance nécessaire, elle ne se voit pas très bien, celle qui aimerait pouvoir s'ériger en modèle "aucun dieu pour moi", elle s'est tournée vers l'homme, les hommes, leur sexe et le sien, les mouvements de reins et les caresses sur les seins, les zébrures sur les fesses et la cambrure sous le latex, elle se donne corps et âme pour lutter contre le crucifix et la ste trinité, elle a adopté le sexe en religion, elle adule et adore, elle idolâtre et se pâme sur l'autel qu'est son matelas, elle revendique la pornographie et certaines pratiques comme d'autres prêchent la bonne parole...

de générations en générations, répétition.

29.12.2009

sans relire

ce que je fais ici, c'est écrire, sans relire, je jette ce qui m'encombre, je place ce qui m'agace, je retranscris ce qui m'amuse, je censure ce qui est trop personnel, intime, privé. je ne relis pas, je ne corrige pas, premier jet, pas de brouillon, pas d'angle, pas d'idée, pas de vision, rien de tout ça, du spontané, du même pas mâché, de brut, de fonderie ou de décoffrage, les mots, les uns après les autres, je les livre ici, je les dépose, ils s'accumulent, ils prennent de la place, je ne veux pas réfléchir, ni même penser à une quelconque finalité, c'est contraire à la liberté des tiic-tic-tic-toc-tac des touches sur le clavier. j'écris, ici, sans relire, et j'enregistre.

 

 

ou pas.
parfois.

27.12.2009

départ manqué

La nuit est tombée depuis longtemps, les lumières sont allumées un peu partout.

Assise sur le fauteuil blanc, l'enfant endormie sur moi, j'écoute. Le silence, le vide, l'absence.
Tous sont partis. Après cette frénésie, ce tourbillon, cette sarabande, le calme parait plus gigantesque encore.

Je n'ose même pas remettre un disque à tourner pour emplir les murs de son, je reste calée dans le fauteuil blanc, et j'écoute le rien et ses tout petits bruits lointains.

 

Le portable sonne, troublant cette parenthèse.

La dernière grand-mère a raté son train, il n'y en a pas d'autres avant demain, elle revient. Elle ne voudra jamais admettre qu'elle ne voulait pas partir si vite, que c'est un acte manqué que de ne pas lire le bon billet avant de partir. Elle invoquera sa mémoie défaillante et faiblissante, la vieillerie et compagnie. Son sourire quand elle reprend sa petite-fille dans ses bras la trahit.

24.12.2009

petit papa noel

laisse moi ce que la nature me prête actuellement un peu plus longtemps que la période d'allaitement.