15.05.2008

cafard

j'ai le cafard, un truc un peu mou, un peu moite, qui colle, qui me retient, un truc un peu gris, moche. suis-je sensible aux anniversaires ? l'année dernière, je n'ai pas fêté, le mien, je préparais une autre fête, et avant la date de l'anniversaire de ma naissance, l'autre fête a été annulée. Pas de fête du tout pour l'année, pas de fête pour les journées des 16, pas de fête pour l'anniversaire en 5, rien, et cette année, voila que ça recommence, enfin pas vraiment pareil, mais est-ce à cause de tout ce passé qui remonte, oubien est-ce autre chose ?
j'ai touché du doigt un truc sensible, je n'ai qu'une envie, c'est refermer la porte et dire "de toutes façons, je suis bonne à rien, je suis une incapable, je n'y arriverai pas alors à quoi bon essayer ?" et puis, je n'y arrive pas vraiment, parce que je sais que fermer la porte à ses démons, c'est les renier, et accepter qu'ils continuent à m'effrayer, à me faire peur, alors que ce sont de tout petits riens du tout, une fois que je les aurais mis dans la lumière de ma conscience, il me paraitront ridicules et anodins, tellement minuscules, et je me dirai quoi ? c'est de ça dont il s'agit, limite à m'attendrir et à leur dire, allez, venez par ici, il fait meilleur. j'aurai fait un très mauvais détective, je suis super foussarde, j'ai peur de ce que je pourrai bien découvrir, je déteste les films d'horreur, surtout ceux où on ne voit rien, où la musique prend à la gorge et l'imaginaire s'emballe dans des tortueux sentiers sombres.
j'ai pas envie de rentrer chez moi, pas envie de voir qui que ce soit, je me force un peu, ça me passera, je sais que c'est un mauvais moment, j'ai peur de pleurer tout le temps, je dirai que c'est l'émotion, je ne la qualifierai pas, et tout le monde pensera que c'est la joie.
j'ai envie d'être une petite fourmi, une araignée et me tapir dans un coin inaccessible, engoncé, lointain.
j'aime pas me sentir aussi lourde et encombrée, aussi mélasse et mollasse, aussi nulle et feignasse.
j'aime pas tout ça

j'aimerais que ça ne dure pas

j'aimerais que ça cesse

j'aimerais le retour du sunshine dans mon ciboulot

j'aimerais que mes neurones fassent de nouveau la fête

j'aimerais pétiller des yeux de nouveau

j'aimerais aller mieux

14.05.2008

épisode maniaque

A la fin de la journée, ils ont appelé SOS médecins, qui les ont dirigés vers les urgences psychiatriques. Ils y sont allés, le fils est resté passer la nuit.
Le lendemain, les médecins ont préconisé l'hospitalisation. Le fils est resté aux services des urgences, pas assez de lit.
Le lendemain, les médecins ont gardé le fils en service pour adultes. Le fils partage sa chambre avec un autre ado du même âge. Ils pourraient quaisment réviser leurs matières pour le bac ensemble.

La mère, de nature angoissée, a perdu pied dans un océan tempêtueux. Elle essaie d'évacuer la culpabilité, le "qu'est-ce qu'on n'a pas fait correctement ?". Elle se retient aux branches du concret. Est-ce que ce service est bien ? Elle téléphone à des connaissances qui auraient de la connaissance dans ce domaine. Il a fait un épisode maniaque. Est-ce que c'est grave ? qu'est-ce que ça veut dire pour l'avenir ? Mon fils est-il fou ? Il parle beaucoup, de manière logique, enfin dans son monde à lui, elle n'ose pas prononcer le mot "délire", ça lui fait peur, ça la gêne, ce serait déjà le qualifier de fou. Elle ne sait pas s'il a consommé quelquechose, un truc qui aurait déclenché ça, ce qu'elle sait c'est qu'il a traversé la ville à pied de nuit, cette nuit de samedi à dimanche. Ses amis l'ont laissé partir, tout seul, vers 2h, il était déjà un peu bizarre.
Elle pense qu'il n'aurait pas du jouer ce rôle dans cette pièce de théatre, ce rôle était trop lourd pour lui, lui, son petit, si fragile. Il confond théatre et réalité, mélange les mots aux maux dans des jeux de mots qu'elle comprend, elle, que les médecins ne perçoivent pas. Ce rôle écrit par une camarade de classe pour une pièce de théatre, ce rôle un peu limite, dans lequel il s'est plongé corps et âme, ce rôle dont il s'est tellement imprégné qu'il pense qu'il ne fait plus qu'un avec lui, d'ailleurs y a-t-il une différence ? La représentation a été magistrale, la troupe a été très applaudie, ils étaient tous très heureux sur scène, et après aussi, dans les coulisses. Que s'est-il passé ? La mère aimerait savoir, trouver une raison, une cause, un événement déclencheur, un truc sur lequel s'appuyer, un fait sur lequel elle pourrait griffer, hurler, gémir, un truc contre lequel se battre et décharger toute sa peur et sa haine, et sa colère, et son désespoir, et soulager son impuissance.

de-puzzling

il suffit de pas grand chose, et puis voilà, tout bascule, le retour de la peur de moi, l'angoisse, les frayeurs, la déprime, la dépression qui guette, les larmes derrière les paupières, les paupières gonflées, le goût à rien, l'envie de rien, si, de partir, loin, vite, très vite, et ne pas voir le mur de l'arrivée, se scratcher dedans, en beauté, un vrai papillon de nuit sur une optique de grosse cylindrée, l'envie de se terrer dans un tout petit nid, se retirer du monde, ne plus vouloir se montrer, ne plus vouloir voir, lunettes noires, masacra qui coule, pourquoi est-ce que je garde tout ça en moi, que je ne dis rien, j'avale, j'absorbe, à contre coeur, malgré mon dégoût, pourquoi je me fais du mal pour justifier la douleur intérieure, pourquoi ces blessures à répéttion, ces accidents, ces douleurs physiques, celles qui me permettent de pleurer sans justification, j'ai peur de replonger, j'ai peur de ces abysses, j'en suis revenue une fois, je ne veux pas y retourner, je suis sur le fil de la faille, j'ai besoin de scruter dans le fond, dans mes entrailles pour comprendre ce qui m'échappe encore, ça sent le danger à plein nez, je le sais, je le sens, putain, je suis morte de trouille. et combien de temps ça va durer, comment vais-je faire pour trouver ce qui me manque, la pièce du puzzle dont j'ai besoin, là, pour emboiter l'ensemble, pour donner la logique, le lien, vais-je seulement la trouver sans me perdre ?

13.05.2008

la pêche

Monsieur Bébé a deux ans et quelques mois. Il est parti avec son père et un ami, pour pêcher, entre hommes. Ils sont tous les trois sur le petit ponton en bois, là-bas derrière le bosquet des grands arbres.

Je les rejoins, les regards se tournent vers moi lorsque mes tongs rebondissent sur le bois du ponton, l'un abandonnant momentanément la surveillance de sa ligne, l'autre laissant sa phrase en suspens dans l'air, et Monsieur Bébé, qui après un bref instant de stupéfaction, se retourne, attrape une petite canne, sans fil, et se place au bord du ponton, la canne dans les mains, tendue au dessus des flots. Il prend un air sérieux et concentré, observe avec insistance, l'eau au bout de la canne, prêt à réagir au premier poisson qui pointerait une nageoire.

Monsieur Bébé pêche avec le plus grand sérieux. Je suis en train de fondre de tendresse sur ce ponton, devant ce ptit bonhomme haut comme trois pommes qui imite si bien les grands. 

12.05.2008

dans le train

Le trajet n'est pas toujours simple et gai, comme quand Monsieur Bébé qui a zappé la sieste (mea culpa) trouve drole de tester ses vocalises criardes dans le wagon... Et qu'il se provoque un vomissement parce que les parents ne sont pas d'accord avec lui (les parents en question ont fait un échange rapide de Monsieur Bébé au-dessus des tablettes du club 4 digne de la meilleure passe en sortie de mêlée et j'ai battu le record du portage d'enfant en crise façon rubgyman qui va marquer l'essai décisif de score, jusquaux toilettes heureusement inoccupées avant le désastre bileux).

Le trajet parait long, surtout quand le train est bondé, complet. Retour de vacances -petites- oblige.

Bien entendu, Monsieur Bébé s'endormira dans les bras de son père dans le premier tunnel de la série, celui qui annonce que la gare terminus est atteinte dans 10 minutes. Bien entendu, il dormira jusqu'au seuil de la maison.

Après trois heures de trajet, Monsieur Bébé a réclamé un rarourt, il a mangé son rarourt, tout seul avec la petite cuillère en plastique transparent. La petite cuillère s'est tordue un peu trop, et a projeté deux goutelettes de yoghourt à la vanille. Les deux goutelettes ont suivi une trajectoire parfaite, une belle parabole elliptique au-dessus des tablettes du club 4. Elles se sont écrasées impeccablement sur le tee-shirt noir du type qui ronflait sur son accoudoir, et aussi sur le mien.  Deux petites taches blanches de part et d'autre des fils du casque de son téléphone lecteur mp3. Je n'ai pas osé essuyer le plastron de mon voisin, je n'ai pas osé le réveiller, j'ai fait celle qui n'avait rien vu. Je ne sais pas si le passager s'en est rendu compte à son réveil, je n'ai rien dit, rien osé faire. J'aurai pu proposer une participation aux frais de nettoyage, mais non. Je ne sais pas si j'ai bien fait, je n'arrive pas à me mettre à la place de ce type, a-t-il vu, a-t-il compris comment ces taches sont apparues ? 

j'ai pas envie

Aujourd'hui dans le bain, Monsieur Bébé me dit "j'ai pas envie" lorsque je lui porpose la douche, c'est la première fois qu'il me dit ça.

07.05.2008

été réalité

Ça sent le week-end prolongé à plein nez.

Ceux qui travaillent se sentent un peu trop seuls, les transports en commun doivent être bondés de bagages, les routes déjà embouteillées.
Je vais rentrer chez moi, préparer la valise, et me poser à la terrasse pour l’apéritif avec les amis.

Une soirée d’été.

On s’y croirait.

06.05.2008

comme une gamine

Ce matin, il fait beau.
J’ai envie d’une robe d’été, courte.
Je prends mon vélo pour rejoindre la gare, comme tous les matins. Il y a un air de vacances dans cette ville, un mélange de soleil et d’absences de gens. J’emprunte la rue semi-piétonne. Encore un qui ne regarde pas avant de traverser s’il n’entend pas le bruit d’un moteur qui fait peur. Je ne l’effraierai pas avec mon ding-dong (j’ai une sonnette de vélo qui fat ding-dong, et non plus driiing-driing, c’est plus agréable pour moi, et plus surprenant pour les têtes en l’air qui regardent le ciel de leurs pensées plutôt que la chaussée). Je vais l’éviter, d’un petit mouvement souple, une parabole autour de lui, et passer mon chemin, il ne remarquera rien.
Scccrrrrrrr, que se passe-t-il ?, ça glisse ! ça ne tourne pas ! ça freine mal, ça glisse !!! je perds de l’adhérence, l’équilibre. Je chute. Cul par-dessus tête. Les genoux à terre, les mains ancrées dans le bitume, je regarde le vélo qui gît sur la voie, une sacoche relevée. Je me relève. Mon genou me lance, le droit, la cheville gauche a reçu, le bras gauche s’ankylose.
Sur les genoux, la peau est écorchée, le sang commence à affleurer, puis à perler entre les traces grises et les lambeaux de chair à vif.
J’ai mis une robe d’été, courte.
J’ai les genoux écorchés.
Comme une gamine qui s’est vautrée.

05.05.2008

Comment je me suis déterré

Je suis un vieux monsieur, enfin, vieux, pas tant que ça. Je me sens vieux depuis que ma maladie qui prend possession peu à peu de mon corps me rappelle que ma vie est en grande partie constituée de mes souvenirs.
Je n’ai jamais autant dormi, je fais la sieste, tous les jours. Je dors tard le matin, avant 10 heures, je reste lové dans les bras de Morphée, et j’y replonge avec ivresse après le repas de midi. L’épuisement chronique et régulier est une nouveauté pour moi. J’ai toujours vécu avec excès mes plaisirs, les « trois B » comme me disait la jolie demoiselle qui me souriait dans les couloirs de l’association où j’allais chaque semaine, il y a quoi 20 ans déjà. Je l’avais invitée à dîner, pour la remercier, vil prétexte, d’un service qu’elle m’avait rendu, à savoir m’indiquer la salle de conférences. Elle était jolie à table, et si charmante, avec ses fossettes qui pointillaient dans ses joues pleines quand elle souriait. Chère Malou, qu’es-tu devenue ? As-tu trouvé un homme pour t’aimer comme je ne pouvais pas le faire ? T’es-tu desséchée en même temps que tes joues se sont creusées ? Nous avons eu tant de plaisirs ensemble. Te souviens-tu de l’enlèvement pour aller au bord de la mer ? et de ces trois jours de prétendu séminaire où nous avons décroché les rideaux de la chambre d’hôtel ? Je vieillis, je ressasse ces vieux souvenirs, je remarque que je pense davantage au passé qu’aux jours à venir. Visite à l’hôpital lundi, je n’ai pas envie. Cette fois, c’est moi le patient, et je n’aime pas ça.

Demain, ne pas oublier les clés de la moto de la voisine. Elle est revenue de voyage. Tiens, je vais aller charger son accu, ce sera ça de fait.



Le lendemain.

Elle a remarqué la bâche sur ma moto. Une belle bâche, qu’elle a dit. Je sais. Comme ça, elle est bien protégée. Je n’ai pas osé lui dire que je l’ai achetée en pensant que si ma machine doit être mise en vente, je veux que l’acheteur potentiel voit que j’en prenais soin, de ma petite dernière. Je me souviens de ce jour du mois de mars, le lendemain de mon anniversaire, je me souviens, je l'ai bâchée ma machine, avec cette bâche toute neuve, taillée sur mesure, exprès pour, l'odeur de plastique qui s'exhalait de la pochette transparente où elle était pliée, je l'ai bâchée ma machine, comme on ferme les yeux d'un mort, et j'ai posé cette bâche noire sur elle comme un linceul sur ma vie.
Nous avons installé sa batterie, toujours commencer par le rouge, visser, fixer. Elle a peur de débéquiller son engin, j’ai beau la rassurer, elle ne sait pas la béquiller sur la centrale, elle ne le fait jamais, c’est moi qui la béquille lorsqu’elle stocke sa moto dans mon garage. Je lui sors sa machine dehors pendant qu’elle attrape son casque, ses gants. Starter. Clic. Raté. Clic, Vraaaoummmm ! Calé. On attend un peu. Clic. Vraaaoummmm ! on laisse tourner. Elle a un sourire qui s’élargit, d’une oreille à l’autre, les yeux qui brillent de bonheur intense. Comme je la comprends. Elle prend le temps de régler les rétros, penchée sur le réservoir, allongée sur la bête qui ronronne sous elle. C’est félin et bestial, cette image, presque obscène, elle est si petite, sur cette grosse cylindrée. Je lui tiens le portail ouvert, elle incline la tête en passant, je vois ses yeux qui sourient toujours dans l’ouverture du casque. Elle me fait un signe de la main avant le premier virage. A bientôt, roule bien, petite !
Je rentre à la maison, il faut que j’aille biner le carré des salades, avant le déjeuner. Je n’y arrive pas, rien à faire.
Je sais, je ne devrais pas, ce n’est pas raisonnable, vu mon état, je sais tout ça, j’avais renoncé, vous savez. Mais, je retourne au garage, je sors mon accu, je le branche.
Demain, je pense que je débâcherai ma machine.
Au diable la maladie et sa fatigue, que le vent et les chevaux emportent les cellules malignes, que le reste de ma vie me fasse encore envie !


les chiffres du jour

Comme je ne sais pas faire d'insertion d'image sur cet espace, je ne peux que transcrire les chiffres qui m'ont fait sourire en ouvrant mon blog.

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