03.07.2009
travailler, flirter, vivre, s'installer, avoir un enfant. ensemble
Elle n'a pas encore trente ans, mais lui, tu vois, il en a déjà 43, alors, fallait pas attendre non plus des lustres, parce que bon, hein. Oui, il a un peu fait la gueule au début, quand il l'a appris, mais c'est aussi un peu son style, de commencer par faire un peu la gueule. Tu te souviens, le premier boulot qu'il lui a donné, elle venait d'arriver à l'agence, et tout de suite, il l'a fait bosser en direct pour lui, quand il a vu le résultat, il a un peu fait la gueule, déjà, aussi. Bon, ça ne l'a pas empêché de lui proposer d'aller boire un verre, ensuite, parce qu'à tout remanier, ils y avaient passé la soirée, à l'agence, à refondre, remettre en ordre, tout ça, forcément, elle débutait dans le métier, et lui c'était le boss, il s'y connaissait, en maquette, en projet, en séduction aussi, parce que le soir dans le bar, ça a commencé à déraper.
Elle, c'était bien son domaine, la drague, jolie et belle comme elle est, facile diront les langues jalouses, fausse beauté froide, un regard intrigant, un je ne sais quoi de dédaigneux dans l'attitude, un truc que les types remarquent, un je ne sais quoi qui les attire, ils seront plus forts que ça, il veulent savoir, ils s'approchent, ils briseront le secret de ce mystérieux air, ils vont, sourire aux lèvres, se jeter dans le piège de la belle. Il n'a pas échappé à la règle. Ce qui le distingue des autres victimes, c'est qu'il est resté très longtemps. Peut-être parce qu'il n'était pas libre, marié, trois enfants, ça pèse de l'autre côté. Ils ont entretenu leur liaison. Cachée, délicatement, pas très longtemps, n'importe qui à l'agence a pu sentir le courant qui s'établissait lorsque les deux se trouvaient à proximité.
Leur liaison n'a pas été sans heurt, non. Il y a eu des hauts, des bas, des parenthèses, ouvertes, fermées, elle est partie à l'autre bout de la terre, suivre un jeune héritier, tombé dans le charme des ses filets, elle est revenue, déçue et désappointée "non, mais tu y crois, le type, il ne m'a pas touchée une seule fois !". Elle a repris son poste à l'agence, ils ont repris leur liaison en alternance.
Un soir, à bout de promesses et d'arguments, de maladresses et d'atermoiements, il est venu sonner à la porte de son studio, il avait une petit valise à la main. Sur le paillasson, il a dit "je suis parti, c'est fait, tu peux m'héberger ?". Ils se sont serrés dans son studio. Ça faisait du changement, c'était petit, mais collé-serré, c'est bien aussi. Il fait des aller-retour, pour voir ses enfants, gérer la séparation, préparer le divorce, tout en poursuivant sa vie. Elle jubile et râle, pour la forme, et par continuité, c'est sa manière à elle, l'insatisfaction qui pince sa lèvre inférieure, c'est une partie de son charme, c'est autre chose qu'une moue boudeuse, cette petite asymétrie artificielle que les hommes aiment effacer, dès qu'elle sourit, c'est arrivé, et ils sont tellement fiers de ce résultat, fiers d'avoir réussi à la rendre plus belle encore, fiers de leur prouesse.
Elle fait un peu n'importe quoi avec sa plaquette, et ce qui arriva fut. Un accident, un accident, rien de plus, une vérification de sa féminité totale. Elle l'annonçait à chacun, en disant, tu ne dis rien à personne, tu gardes le secret, ses amis n'avaient pas besoin d'aborder le sujet, elle était passée au jus de fruit, adieu les coupes de champagne, oui, j'ai quelque chose à te dire, sur une voix basse, de confidence, conspiratrice. Pas la peine d'être médium, plus de champagne, voilà qui signifiait tout et amorçait la question suivante "et comment il l'a pris ?" la réponse était partielle, il est ravi, bien sûr ! en vrai, il a franchement fait la gueule au début, il ne s'y attendait pas du tout, trois enfants pas encore très grands, un nourrisson dans 8 mois, ça charge la mule, et je ne te parle pas de l'agence, la crise, les budgets serrés quand ils ne disparaissent pas en fumée.
Il fait avec, oui, il a un peu fait la gueule au début, quand il l'a appris, mais c'est aussi un peu son style, de commencer par faire un peu la gueule. elle veut le garder, elle n'a pas encore trente ans, mais lui, tu vois, il en a déjà 43, alors, fallait pas attendre non plus des lustres, parce que bon, hein.
23:55 Publié dans iL&eLLe&eLLe&iL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
stressomètre au maximum
la date, c'est lundi. je viens d'appeler mon contact. il n'a pas de nouvelles. d'un ton tranquille, il me dit, je vous appelle dans le courant de la semaine prochaine. je m'étrangle. je lui rappelle que la date butoir, c'est lundi, notre délai expire, il me faut la réponse avant lundi midi, il me la faut, merde, on n'a pas fait tout ça pour ne même pas avoir une réponse, putain de bordel de merde, bougez vous un peu, vous m'exaspérez avec vos autorisations, vos signatures, vos délégations, régionales, nationales, vu le montant, ok, c'est un gros montant, ok on emprunte la totalité, ok, ok mais tout ça ça fait deux mois que vous le savez, et ça n'a pas changé...
il fait chaud, les neurones ramollissent, les doigts transpirent, mais faites en sorte de me dire oui ou non. pas un truc : "oh, on n'a pas eu assez de temps"
09:55 Publié dans le banal au quotidien | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
02.07.2009
sortir
je ne sais pas à quoi ça tient, quelque chose dans l'air, ces journées de repos intensif, le retour au bitume, je ne sais pas à quoi ça tient, mais j'ai envie de sortir, d'aller sentir l'atmosphère des comptoirs, de voir les mousses dans les verres se vider, de poser mes lèvres sur un liquide frais, de rire avec des inconnus, d'écouter de la musique trop fort, de danser ridiculeusement en pouffant.
je suis rentrée, dans cette atmosphère d'été urbain, l'odeur des sans papiers ayant pris le trottoir pour dortoir m'a ramenée à la réalité, j'avais envie d'ivresse perdue, j'avais envie de m'étourdir.
09:34 Publié dans le banal au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
regard sur soi
elle ne se voit pas comme elle est, comme elle voudrait être, comme elle voulait être
elle ne se voit pas comme je la vois, moi,
elle qui m'impressionne, elle qui en jette tellement, un max, de toute sa personne, elle qui en a tellement dedans que ça rayonne, tout plein, de tous les soleils qu'elle a en elle,
la limite de l'inconcevable.
comment ne pas voir ce qui est évident,
la pomme et le pêché,
la bonté et la beauté ?
00:41 Publié dans le banal au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.07.2009
clichés et carte postale
il y a le tout petit nuage blanc collé dans le haut du ciel. celui-là même qui accentue et souligne et grassifie le bleu éclatant.
il y a la mer, et au-dessus la lune qui s'est trompée d'horaire pour apparaitre.
il y a le sable, un peu gris, un peu noir, un peu épais.
il y a les rochers, les falaises, et les algues.
il y a le jeune homme, tout en muscles, qui sort de l'eau. dans laquelle il est entré par la tête, en s'arquant en une belle virgule. il retourne se dorer sur sa serviette. il attend la midinette. celle de l'autre jour. en maillot à pois. bikini blanc et bleu, à noeuds, planqué sous une tenue rose. quand elle n'est pas là, il s'entraine, il saute d'un rocher, ou depuis la plage, et fait des saltos, presqu'impeccables. insolence de la jeunesse resplendissante.
il y a le couple, qui a revêtu les habits de la noce, suivi d'un type en jeans, armé d'un énorme zoom et d'un sac en bandoulière. la mariée est coiffée comme pour le jour J, ils portent leurs alliances. le marié se déchausse, sa promise garde ses baskets éculées aux pieds pour marcher sur les grains de sable. le photographe les enjoints de marcher vers lui, le sable est humide, l'eau est proche, les algues glissent, ils doivent sourire, et puis s'embrasser, sans s'arrêter de marcher, le contrejour est parfait, la lumière de cette fin de journée complaisante.
il y a les deux dames, la cinquantaine dépassée, qui ne font pas ex-ménagères, assises sur leurs serviettes, elles parlent, discutent, papotent, savourent cet intermède.
il y a cette famille, elle, le ventre rebondi en avant, regarde l'enfant qui court après son père.
il y a ce vieux monsieur, qui sort de l'eau, son bain marin quotidien pris, il rentre chez lui.
il y a ces trois jeunes filles, grosses et grasses, qui se sont baignées habillées, et qui peinent à sécher leurs jean's découpés trempés d'eau salée, les cheveux lockés, les casques de leur mobylette aux pieds.
il y a cette toute petite anse que j'aime tant.
22:36 Publié dans le banal au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.06.2009
à l'ouest
à l'ouest, il fait beau,
à l'ouest, il fait bon,
à l'ouest, j'y suis bien.
cette maison, la même, toujours la même. Le mitigeur installé dans la toute petite baignoire il y a deux ans semble toujuors aussi anachronique. le lavabo a deux robinets, l'un pour l'eau froide, l'autre pour l'eau chaude. dans le placard à balais du bas, il reste cette tapisserie à grosse fleurs beiges sur fond bleu marine, j'y voyais des animaux, terribles, menaçants. Ce papier peint jaune trop récent, je ne m'y habitue pas. Il reste deux chambres avec leur papier peint d'origine, pourvu qu'il reste un peu plus longtemps. Les portes qui se ferment, les mêmes récalcitrantes, le clic de la porte du sous-sol, l'étau toujours en place, inutilisé depuis la mort de l'aïeul, bientôt trente ans. Quand on rentre de la plage, il faut aller mettre la chaudière en route, c'est pour faire des économies de fuel, et sous l'évier on trouve le seau rouge, pour le compost, au fond du jardin. Les arbres sont trop hauts maintenant, même des chambres du haut, on ne peut plus voir la mer. Un jour, un jour, on en coupera certains.
la petite crique, la même, toujours la même. Il n'y a plus de bigorneaux, les moules ont chassé les berniques, il y a toujours des algues, il y a davantage de mouettes à tête noire, qui rient , sans parvenir à effrayer les cormorans établis sur la vache noire. Je n'ai jamais autant de jours d'affilée vu aussi nettement cette île en face. L'enfant qui court dans le sable, l'enfant qui crie, l'enfant qui rit, l'enfant qui mange son goûter en haut des marches pendant que j'enlève le sable coincé entre ses orteils, l'enfant qui demande une troisième crêpe au nutella avant de reprendre le chemin creux, la vue au-delà des têtes blondes, au-dessus des épis de blés, les maïs sont encore courts, chanter pour se donner du courage, ça monte au retour, et le soleil qui s'incline dans notre dos, éclairant le pignon de la façade.
le port, le même, toujours le même. le petit navire a définitivement fermé, plus aucun jeune n'y laissera des souvenirs de nuits dont il ne se souvient plus. La crêperie est devenue une résidence pour personne âgées. La conserverie est un projet de promoteur immoblier. Il y a des navettes pour aller à l'île en face maintenant. Le café de la rive droite est fermé, l'étage est devenu un atelier de peintre, on aperçoit le chevalet et une grande verrirèe qui donne sur le jardin, entre la porte entrouverte, une poussette et des bottes en caoutchouc attendent leur heure, celle de la promenade. La coopérative maritime est encore là, les étagères pleines d'antifoil côtoient les suspensions de rapalas. Sur la rive gauche, les cafés sortent les terrasses pour les touristes, il n'y a plus autantd e pêcheurs piliers de comptoir, et la vue est si belle.
à l'ouest, rien de nouveau.
21:33 Publié dans le banal au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.06.2009
humeur scrogneugneu
je crois que c'est lié à l'écho, je crois que c'est parce que ça prend plus de concret, je crois que tout cela devient réalité en moi, et resurgit l'ambiguité, être heureuse de ça, redouter ça aussi, l'inconnu, vais-je être capable de, vais-je savoir faire, quels sont les bouleversements imprévisibles qui vont chambouler cet équilibre ??? merde, merde, merde, accepter de lacher un peu, c'est comme ça, c'est parti, c'est vrai, c'est vivant, tout va bien, et je ne maitrise plus rien.
toujours cette peur de décevoir, cette crainte d'être rejetée, cette terreur d'être méprisée, l'impression que les gens que j'apprécie vont un jour découvrir que je ne suis pas celle qu'ils imaginent, que je suis autre, j'aimerais tellement plaire, il n'y a pas de masque à enlever, je suis comme ça, j'ai du mal avec les attitudes condescendantes, j'ai du mal avec les phrases ascerbes à mon encontre, j'ai mal, et je ne sais plus me blinder contre.
je suis d'humeur scrogneugneu,
et pour le reste, tout va bien,
il fait même beau dans cette journée d'été.
10:51 Publié dans le banal au quotidien | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
écho 2
elle pose la sonde sur le ventre, l'image se fait à l'écran, elle a une exclamation, déplace la sonde, l'image devient floue, et dit "je ne vous ai pas demandé, vous voulez savoir ce que..." en choeur, nous crions "non, on ne veut pas savoir ce que c'est !" elle dit "ah d'accord."
je ne peux m'empêcher "si vous avez vu quelque chose, c'est donc que c'est un garçon" elle me corrige "ne croyez pas que ce qu'on voit nettement à l'écran implique que c'est un garçon". elle a vu, c'est son métier. Lèvres ou coucougnettes, fente ou bistouquette, elle a vu ce qui fait la différence. Pas de doute, je peux donc être rassurée, on oublie l'hermaphrodisme et middlesex restera un souvenir de lecture.
elle ne peut pas nous dire si le bébé aura les yeux verts, mais son père est persuadé que c'est de son nez dont sa descendance sera affublée.
en cherchant un angle, elle lâche un "allez cocotte", je ne sais pas si elle s'adresse à sa machine à sons, ou à l'enfant qui ne veut pas se laisser faire et joue les prolongations façon cache-cache.
le bébé a le hoquet, il baille, les battements de coeur sont entrecoupés des soubresauts des hoquettements, il ne facilite pas le job.
elle est sereine et confiante, son dernier bébé de la journée va bien, très bien même. Elle finit sur une note positive, elle finit tard sa journée, car dans les cas à problèmes, le temps de l'examen est plus long, et tout se décale en cascade. Et elle en a eu deux dans l'après-midi. Je suis heureuse de ne pas avoir le troisième de la série.
la suite en septembre.
00:25 Publié dans #2 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
22.06.2009
remercier. du changement ? non.
j'ai envoyé un tirage du portrait de leur descendance à chacun des grands-parents, accompagné d'un petit mot personnalisé, signé de ma main, et en mon nom uniquement.
le grand-père (mon beau-père) m'a appelée le lendemain pour me remercier.
ma belle belle mère m'a envoyé un mail le lendemain pour me remercier.
la grand-mère (ma mère) m'a appelée le lendemain pour me remercier.
la mamie (ma belle-doche) a appelé son fils trois jours après (allez, soyons magnanime, il y avait le week-end inclus) pour lui dire qu'elle était si heureuse. Le haut-parleur lui a permis d'adresser des remerciements à la terre entière, et de m'en faire profiter.
Je ne sais pas comment je dois le prendre.
23:29 Publié dans le banal au quotidien | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21.06.2009
je n'ai pas su démentir
Je m'accroupis pour lui mettre les chaussures, mon ventre fait du bruit.
"maman, t'as entendu, y'a bibou qu'a pleuré dans ton ventre !"
23:15 Publié dans #2, Monsieur Bébé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note