06.10.2008
la nouvelle assistante
Le chef avait dit "elle arrive demain, soyez sympas avec elle, elle est assez timide". On voulait en savoir plus. Forcément. A quoi ressemblait le futur phénomène ? 3 asisstantes avaient déjà dégagé de ce poste en moins de 6 mois. A quoi ressemblait la prochaine ?
L., meuble dans son placard, ne tombait jamais malade, sauf quand on lui demandait quelque chose à faire. Du coup, personne ne lui demandait jamais rien, on se sentait responsable du trou de la sécu à lui demander d'aller à la repro chercher les dossiers ou de bien vouloir faire une photocopie. Elle avait trouvé un placard plus grand, au sous-sol et avait été remplacée par V., après des années de bons et loyaux services de potiche, digne de celles qu'on retrouve sur le trottoir des vide-greniers.
V., super grande gueule, de la gouaille, des tas de soucis familiaux, sa fille à l'école, sa fille sortie de l'école, son fils pas encore arrivé, ses enfants qui l'appellent "juste pour me dire ça !!!? mais arrête après tu te plains de ne pas avoir de forfait". V. arrivait après moi, et partait bien avant, en fait, juste à temps pour se préparer pour aller déjeuner à l'extérieur, de Midi pile à 14h pétantes. On pouvait "lui laisser un message sur le répondeur, elle ne manquerait pas de vous rappeler". Quand ? ce n'était pas précisé. C'était difficile pour elle de tenir en place, si j'avais eu de la ritaline sous la main, peut-être que... mais sympa, sympa, V. oui, avec le sourire de temps en temps, ça changeait de L. qui n'en avait pas de sourire. V. est partie, parce qu'on était une équipe super sympa, mais trop gentille et beaucoup trop organisée. Nos propales sont prêtes avant l'heure de la remise, et pas le lendemain, et elle avait pas l'habitude, la pôvre, son ancien chef, c'était une tornade surexcitée toujours en retard, vendeur hors pair, de ses chaussettes ou de sa mère, de ce que le client avait besoin ou pas, ce n'étiat pas son problème. Vous êtes vraiment sympas, gentils, tranquilles, qu'elle nous a dit avant de partir, et on sentait bien que ça ne lui convenait pas. ça devait manquer de langue de putes et de radio moquette, nous, les potins de couloirs, on s'en cogne, on bosse, et on s'en va, voilà.
Sur ce est arrivée C., pauvre fille paumée qui ne le sait pas. Dès le premier jour, ça ne l'a pas fait. Elle était complètement décalée, à côté de la plaque, intrusive, inadaptée socialement, et beaucoup beaucoup trop bavarde, accaparatrice des bonnes âmes sollicitées qui ont bien voulu lui donner un coup de main (j'en fais partie, comme tous ceux du service, chacun a voulu tester, personne ne croyait que c'était possible un personnage pareil, et béh, si !), et surtout incompétente ! pleine de bonnes volonté, ça oui, mais complètement sourde. Sourde à l'entendement. je ne sais pas si elle s'entendait elle-même. Elle ne voulait tellement pas entendre que dès qu'elle avait la parole, elle parlait, parlait, parlait, très vite, encore plus vite, et enchainait les sujets sans respirer, surtout ne pas lâcher la parole, accélérer le débit, que l'autre en face ne puisse même plus respirer. Je me souviens être intervenue pour libérer une collègue de l'assaillement volubile, elle était submergée par la logorrhée hautement perchée. C., pauvre fille paumée, qui avait des études, elle aussi, comme elle aimait à le rappeler, surtout aux jeunes recrues, qui ne comprenaient pas son ton agressif. C., pauvre fille paumée, qui parlait fort à ses copines dans son téléphone, de son souci, si un jour elle avait un enfant, qu'elle n'aurait pas de péridurale, à cause de son tatouage dans le dos, les encres et tout ça, et qui allait être instit' parce qu'elle se savait très "démagogue" (sic) avec les enfants, qui faisait tourner les tables, mais qui ne tirait pas les tarots, elle connaissait une dame qui les tiraient et tout ce qu'elle y a lu s'est avéré pour elle, les ruptures, le reste, tout, tout, elle est très forte, et près de chez elle, il y a des épiciers chinois, elle ramènera du thé, tu veux une soupe, parce qu'elle descend au premier à l'étage de la cafét, non mais c'ets au cas où, tu vois. C., pauvre fille paumée, qui a pleuré dans le bureau du chef quand il lui a annoncé le non-renouvellement de son contrat, entre ses larmes, la première phrase qu'elle a été capable de lui articuler a été "mais qu'est-ce que je vais dire à mes parents ? 29 ans et toujours pas capable de garder un boulot !" C., pauvre fille paumée, qui trainait tristement dans l'open space pour ses adieux, qui nous a interrompu en réunion pour nous dire au revoir, à qui j'ai souhaité bonne continuation et merci pour ces 3 mois passés ici (j'suis polie moi) et qui a tenté un pathétique "c'est vrai ? tu le penses vraiment ?". j'ai gardé le silence, seule défense possible, seul rempart pour endiguer le flot de paroles qui ne demandait qu'à se répandre. j'ai gardé le silence jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans l'angle du couloir.
Le lendemain, G. est arrivée. Le chef nous avait prévenu : Je compte sur vous pour faciliter son accueil et l'intégrer au mieux dans notre practice. Il nous avait aussi confié qu'avant elle était barmaid. La côte de popularité de la nouvelle assistante avait grimpé de 10 points à cette simple caractéristique. Elle est arrivée le lendemain matin. Silhouette pulpeuse, tee-shirt sur pantalon noir, large ceinturon de cuir sur les hanches, gilet de costume noir ouvert, petite tête ronde, aux cheveux courts, de grands yeux, à la couleur indéfinissable, qui a du en faire s'interroger plus d'un, grand sourire, bouche charnue, bref, un canon, mais pas pétasse de papier glacé. Elle est souriante, drôle, discrète, pleine d'allant, dynamique, curieuse et agréable. Elle ne connait pas powerpoint, mais on s'en fout, tout le monde est prêt à la former sans qu'elle le demande. Cela fait quatre jours qu'elle est là, et on espère juste qu'elle restera.
16:44 Publié dans mouroir d'ennui | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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